WALL•E : mission réussie ?
Pitch
WALL•E a une mission : nettoyer la Terre de tous les déchets afin de permettre le retour des êtres humains qui se sont réfugiés dans l’espace pour une croisière quinquennale de… sept cents ans. Il faut dire que la tâche est rude, d’autant que la mission paraît désespérée, tous ses congénères ayant rendu l’âme — si vous me permettez cette expression appliquée aux robots — depuis fort longtemps. D’ailleurs, en sept siècles ou presque de solitude, le petit WALL•E s’est forgé une véritable personnalité ! Curieux, joueur et éperdument… romantique ! Vous l’aurez compris, ce petit robot est on ne peut plus attachant, de sorte qu’on ne peut tout simplement pas lui résister dès le début du film où il attendrit toute la salle, petits et grands.
Mais bientôt, WALL•E verra débarquer une entité jusque-là inconnue, EVE, une machine aussi sexy qu’évoluée, dont la mission est de trouver des signes de vie végétale sur Terre, et en qui WALL•E voue un amour aussi candide que touchant. Bref, sa vie en sera toute chamboulée, alors que la demoiselle, bien qu’intriguée, voire même touchée, reste dévouée à sa mission.
Personnages
A n’en pas douter, le personnage de WALL•E est une parfaite réussite, autant par l’ingéniosité du robot qui arrive à véhiculer un impressionnant panel d’émotions en tous genres que par sa personnalité inversement proportionnelle à la richesse de son vocabulaire, car ce que les robots n’expriment pas par des mots, ils l’expriment par une gestuelle d’une tendresse que l’on n’imagine que sincère. De même, le personnage d’EVE est lui aussi fort réussi, même s’il aurait sans doute mérité un approfondissement.
Quant aux autres ? Malheureusement, et même si certains personnages du film peuvent tout de même apparaître attachants, ils ne sont que très vaguement esquissés, et généralement sans véritable profondeur, les rendant aussi lisses qu’inintéressants.
Action
L’action elle-même reste elle aussi simpliste et sans grand bouleversement, malgré quelques tentatives plutôt râtées. Or, cela est fort dommage, car l’univers du film regorge de possibilités, mais dont la plupart aurait gagnée à être traitée en arrière plan, afin de donner de la profondeur à l’histoire, pouvant être lue sur plusieurs niveaux. Cependant, le réalisateur semble avoir privilégié l’évidence pour les tout petits, mais sur un trop large spectre. De ce fait, les histoires parallèles (si l’on peut les qualifier de telles) sont trop nombreuses pour être suivies par le public le plus jeune, qui aurait apprécié une course-poursuite digne d’un Monstres & Cie mouvementée et drôle, et la complicité entre les deux robots fétiches aurait gagné à être plus développée pour le public plus âgé.
Références
Par ailleurs, le film regorge de références cinématographiques les plus diverses, mais celles-ci n’apportent pas grand chose, voire nuisent même à la qualité du film. En effet, les enfants ne verront pas la référence à Kubrik, et les adultes n’y verront rien d’amusant. Doit-on voir dans l’usage de la musique liée à la série culte Six pieds sous terre comme un clin d’oeil aux tendances nécrophiles d’un robot qui canibalise ses congénaires décédés pour survivre et s’amourache d’une machine à qui il fait réaliser tous ses fantasmes du fait de son état végétatif ? D’ailleurs, la bande originale du film est faite essentiellement à partir d’oeuvres sans doute trop souvent entendues au cinéma ou à la télévision, ce qui ne permet pas au film de dégager une atmosphère et une personnalité qui lui soient propres.
Image
C’est bien par l’image que WALL•E se distingue de beaucoup d’autres films d’animation du genre, avec une conception et une animation du personnage principal tout simplement grandiose et un rendu de l’image sur la planète Terre, nuages, tempêtes, décors post-apocalyptique à couper le souffle. Du très grand art, à n’en pas douter.
Conclusion
Je me suis franchement ennuyé durant le film. Autant le premier tiers m’avait paru captivant par le contraste entre ce minuscule petit robot seul au monde tentant chaque jour, inlassablement, de rendre ce monde-poubelle un peu meilleur sans relâche tout en exprimant une personnalité curieuse et optimiste.
Le petit monstre Edie, bientôt quatre ans, s’est même « beaucoup ennuyé », m’a-t-il confié, et ce dès la moitié du film. Le plus satisfait de tous a été le petit monstre Elie, bientôt six ans, qui s’est peut-être — qui sait ? — identifié au héros.
Alors, mission réussie, finalement ? Partiellement !
