Peut-on changer ?

Ces temps-ci, j’essaye de changer. Je suis très ambitieux, car entre autres choses, j’essaye de devenir meilleur. Cela inclus pas mal d’efforts et je note que la raison entre en conflit avec l’émotion. Mais c’est sans doute l’un de mes plus grands défauts : j’essaye de faire des choix raisonnables, et par conséquent analyser chaque situation. Le problème est que l’on ne peut pas tout analyser, nos capacités intellectuelles d’être humain ne le permettent pas, enfin du moins les miennes. Du coup, l’émotion semble indispensable pour faire de nombreux choix, tout comme peuvent l’être l’instinct ou encore l’impulsivité.

A l’âge de dix et onze ans, j’ai appris le français. Plus tard, j’ai commencé à apprendre l’anglais. Et j’avais remarqué que lorsqu’on se cognait, chacune des langues proposait une interjection particulière, impliquant que celle-ci n’était en rien naturelle et objective, mais arbitraire et subjective. Plus petit, en polonais, j’exprimais l’interjection « au » (lire a-ou) pour exprimer une vive douleur ; plus tard, sous l’influence de la langue française de l’ensemble de mes camarades (bien que je continuais à parler au quotidien polonais en famille), j’avais tendance à dire « aïe ».

Aussi, puisqu’une telle transition pouvait se faire par imitation des autres, par conséquent sous l’influence sociale, pouvait-on aussi apprendre à parler autrement sans aucune influence extérieure ? C’est ainsi que j’ai opté pour une nouvelle interjection : « ouch » (lire aoutch), en l’occurrence l’interjection anglophone pour exprimer une vive et surprenante douleur. Au bout de plusieurs semaines d’efforts, cela était devenu plus spontané pour devenir naturel au bout de quelques mois. Aujourd’hui, en y repensant, analysant ce passé à chaque fois, je ne suis plus du tout spontanné quant au choix de l’interjection, même si j’ai tendance à m’exprimer davantage en français qui est la langue que je pratique le plus au quotidien.

Aujourd’hui, quelque vingt ans plus tard, je me repose de nouveau cette même question : peut-on changer ? Puis-je changer encore, à mon âge ?

Raie au-dessus de l'œuil droit (2006)

Raie au-dessus de l'œuil droit (2006)

Raie au-dessus de l'œuil gauche

Raie au-dessus de l'œuil gauche (2008)

Je me coiffe de la même manière, la raie plutôt à droite, la mèche au-dessus du front vers la gauche, depuis l’âge de quinze ans. Cependant, bon nombre de coiffeurs me coiffent dans l’autre sens : la raie à gauche, la mèche vers la droite. A une époque, je m’étais demandé qui avait raison. En réalité, il s’agit d’un sens purement arbitraire, subjectif. Les people que j’ai pu observer sont très variés, et il n’y a aucune raison de se coiffer dans un sens ou dans l’autre. Je me coiffais dans ce sens parce que remettre ma mèche à sa place m’était plus naturel de la main droite. Mais celui que je découvre dans le miroir n’est pas celui que les autres voient.

Maintenant que j’ai changé de sens, cette semaine, ne protestant pas que le coiffeur se « trompe » de sens, c’est la main gauche que je dois activer. Or, paraît moins naturel pour le droitier que je suis. En revanche, je ressemble enfin à celui que je me découvrais dans le miroir, mais pas vraiment à l’aise dans ma peau.

Bref, il est plus difficile d’accepter de changer de coiffure quand on a acquis les mêmes habitudes et tics depuis vingt ans que de modifier un mot rarement employé. Car j’essaye de me coiffer à peu près convenablement tous les jours, et à chaque fois que je passe devant un miroir, cela me démange de remettre les cheveux « du bon côté ». Voire même lorsque je suis assis, ou debout, ou qu’il y a du vent. Je sens bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas sur mon crâne. Cela me démange de changer comme cela avait été avant.

Mais je tiens. Je veux vérifier l’on pouvait changer. Si le détail de l’orientation de la mèche de cheveux peut apparaître anodin, en réalité, ce détail touche à l’image que l’on a de soi, à la relation entre le corps et de l’esprit, bref, à son identité visuelle.

Cette expérience m’aidera peut-être — du moins je l’espère — à me convaincre que l’on peut changer. On peut s’améliorer. On peut être meilleur. A partir de là, je ferai d’autant plus d’efforts pour améliorer ma personnalité, malgré ma trentaine déjà bien entamée… Devenir meilleur pour soi d’abord ; pour les autres ensuites.

Commentaires

5 réponses à “Peut-on changer ?”
  1. Cinn dit :

    Curieux… Quand je me fais couper les cheveux, même pour un changement radical (passer de cheveux très longs à quelque chose de franchement court), je m’habitue très vite à ma nouvelle tête (avant de sortir du salon de coiffure, en fait), et les gestes de toucher de cheveux disparaissent aussi assez vite quand ils ne sont plus utiles.

    Mais tu as raison, certaines habitudes même anodines ont du mal à changer.

  2. Romain dit :

    D’une part, le côté de la mèche, c’est un détail, je ne pense pas que ça change vraiment la perception physique qu’on peut avoir de toi.

    D’autre part, c’est nul de se coiffer.

  3. @Cinn : Tu t’habitues sans doute très vite parce que tu vas chez le coiffeur pour changer de coiffure, de longue à courte, voire un changement plus radical. Moi, cela fait quinze ou vingt ans que j’ai gardé à peu près la même coiffure. Ceci dit, au réveil, ce matin, il est apparu que mes cheveux, coiffés depuis longtemps dans la même direction, se sont réorientés tous seuls ! J’ai donc du appliquer une bonne couche de gel pour les faire revenir à la nouvelle direction.

    @Romain : Ma dernière démarche à adopter une nouvelle coupe de cheveux remonte à mon adolescence. Par conséquent, j’appréhendais un peu la manière dont je me verrais, insistant à chaque fois pour changer de côté chez le coiffeur. Aussi, ce n’est pas tant la perception que les autres peuvent avoir de moi que j’appréhendais, mais ma propre perception après ce changement. Cependant, je m’y fais vite, même si je ressens encore que mes cheveux « ont changé », une impression curieuse, mais désagréable dans le fait qu’elle est fréquente, quasi-permanente.

  4. Cinn dit :

    > Ralphy : L’implantation des cheveux a en effet un sens… il est possible que ça ne soit pas le fait d’avoir été coiffés longtemps dans la même direction mais cette orientation des cheveux qui t’oblige à mettre du gel. Dans ce cas, il faut t’attendre à utiliser des litres de gel ou à revenir à ton ancienne coupe !

  5. Roman Age dit :

    Comme le dit Cinn, l’implantation des cheveux a en effet un sens, et c’est ce sens qui devrait decider du cote de la raie. Et je suis a peu pres sur que ce sens est tout a fait naturel et ne peut etre change, bien sur mettre du gel peut faire tenir dans l’autre sens, mais pourquoi alors aller contre le naturel?
    Maintenant, sur le sujet de l’image de soi en general, je pense que l’on ne se voit pas tel que les autres nous voient, une des raisons etant que l’on se voit trop souvent, on est trop habitue a sa tete pour la voir objectivement. Une des consequences est qu’un changement minime passera inapercu pour les autres, alors que soi-meme on aura l’impression d’etre devenu une personne completement differente (avec tous les problemes d’identite que cela pout entrainer)

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